4.1
Groupe Deragon
Cowansville, en Estrie
Sans frais :
1 833 662-8072

Le concessionnaire qui met la pédale douce

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L'aventure : Pierre Deragon place les vélos et véhicules électriques au cœur de ses concessions automobiles. La manière : ce n'est pas parce qu'on vend des chars qu'on n'a pas de conscience environnementale.

L'électrification des transports ? Pierre Deragon a pris les choses en main dans sa propre cour.

Au milieu du square Deragon, à Cowansville, entre ses garages Ford et Honda et son commerce de voitures d'occasion, il inaugure un immeuble tout neuf, où il vend -- notamment -- des vélos à assistance électrique.

Curieusement, c'est le scandale des moteurs diésel de Volkswagen qui a fait pousser un Parthénon électrique au milieu de son Acropole automobile.

Un étonnant renversement pour un homme qui a grandi dans l'automobile, l'essence et la mécanique. Son père avait acquis une concession Ford au début des années 40. « On était quatre gars à la maison avec mon père, relate-t-il. Qu'est-ce que vous pensez qu'on faisait la fin de semaine ? On allait s'amuser au garage. »

Mais la passion du carburateur lui est vite passée. « Il y a quelque chose qui me fatiguait, sans savoir pourquoi. »

Il s'est mis au vélo de montagne, a fait de l'équitation -- tout sauf du cheval-vapeur.

« Quand la voiture électrique est apparue, j'ai compris pourquoi j'avais débarqué : j'ai vu que je pouvais avoir la performance et l'accélération que j'ai toujours aimées, mais dans le silence et sans odeur. »

LE SQUARE DERAGON

Après quelques années en comptabilité, Pierre Deragon a repris le volant de Deragon Ford à la mort de son père en 1988. Il a fait l'acquisition d'une concession Honda en 1994, a ajouté un commerce de voitures d'occasion de prestige, a fondé Deragon Location, spécialisée dans la gestion de parcs automobiles. Tout ça était éparpillé à Cowansville.

« C'était mon rêve d'avoir tout le monde un à côté de l'autre, d'avoir une bonne synergie », confie l'homme de 58 ans, au sourire facile.

En 2012, il achète un terrain de 400 000 pi2 en bordure d'un important boulevard, en périphérie de Cowansville, et fait tracer une rue privée. Ce sera le square Deragon.

Deragon Ford y déménage en 2013, suivi de Deragon Sélection l'année suivante et de Deragon Honda en 2015.

Un quatrième édifice doit accueillir une nouvelle concession automobile en 2016.

VOLKSWAGEN

« J'avais une concession américaine, une concession japonaise, explique Pierre Deragon. Je voulais ajouter une concession européenne. »

Il choisit Volkswagen et établit le contact. L'affaire semble démarrer.

« Les pourparlers ont bien été jusqu'à tant que le scandale arrive. »

À l'automne 2015, le rigoureux constructeur allemand est pris la main sous le capot dans un scandale de dopage automobile. « Ils me disent : rien ne va se passer. »

Pour le projet Deragon Volks, c'est la panne sèche.

Or, la construction de l'édifice est déjà entamée.

« Je ne voulais pas être dans une bâtisse à moitié finie ou dans un square à moitié fini, raconte-t-il. Je voulais inaugurer mon square Deragon. »

Comment occuper l'immeuble ?

« J'ai le flash, un matin en me levant : je vais faire quelque chose avec l'électrique. »

-- Pierre Deragon

Quelque chose de profond remonte alors de sa jeunesse : il trouve ainsi le moyen de marier ses valeurs profondes et la tradition familiale.

« Je n'avais pas fait cette réflexion auparavant, et soudainement, quelque chose s'est ouvert à moi », exprime-t-il en refermant le poing sur son ventre, pour montrer que l'idée lui tient aux tripes.

TESLA


Mercredi 21 septembre. Le soleil baigne la façade généreusement vitrée de l'édifice E Deragon -- c'est son nom temporaire. Comme les trois autres du square Deragon, il est orienté au sud.

« Mon père m'avait dit : si tu ouvres une nouvelle bâtisse, assure-toi d'être franc sud. » Plus de lumière, plus de bonheur, plus d'efficacité.

Une Tesla S 2016 est garée devant l'édifice. Deragon en attend cinq ou six autres pour l'inauguration qui aura lieu cinq jours plus tard.

Il tient à ce que le photographe et le journaliste fassent chacun une petite balade au volant de la Tesla, question de bien saisir tous les aspects du dossier. Constat : le dos est plaqué audit dossier par la silencieuse accélération.

« Je me meurs de vendre des Telsa », confie-t-il.

Mais un obstacle se dressait : « Tesla n'existe pas en concession. » Les points de vente sont contrôlés par le constructeur.

Qu'à cela ne tienne, il empruntera une voie détournée. Il vendra des Tesla d'occasion… qui peuvent tout de même être neuves. « J'achète des voitures qui me sont disponibles, qu'elles soient neuves ou usagées, et lorsque je les revends, je vends une voiture usagée. »

Les formes sont respectées : « Je ne suis pas un détaillant Tesla. »

Il peut la revendre à un particulier, mais avec Deragon Location, il vise plus spécifiquement le marché des parcs automobiles et des voitures de fonction.

Sur sa lancée, il conclut également une entente pour la vente des motos électriques Zero.

VÉLO

Puis, une autre pierre s'ajoute à l'édifice.

En visite chez sa sœur, dans les Alpes suisses, en mars 2016, il est frappé par un vélo électrique -- plus exactement par la facilité avec laquelle les skieurs en mal de neige gravissent les coteaux grâce à l'assistance électrique. « Je l'ai essayé et j'ai dit wow ! »

C'est l'illumination, une espèce de chemin de Damas helvétique. 

Comme Oscar Wilde, Pierre Deragon a des goûts très simples en matière de vélo à assistance électrique : il se contente du meilleur. Or, les meilleurs sont allemands. Mais il frappe un nouvel obstacle : ni Haibike ni Bulls ne distribuent leurs vélos au Canada, et ils n'en ont nullement l'intention.

« Il a fallu les rencontrer en Europe. »

Il leur explique le concept du magasin, envoie des photos et des vidéos. Il a vaincu leur réticence quand il a démontré « qu'on se dédiait non seulement au vélo électrique, mais aussi à la moto et à l'auto électrique. »

LE MAGASIN


Pour installer un magasin de vélos dans l'édifice qui devait accueillir Volkswagen, il faut modifier en vitesse les plans de l'édifice, dont la construction achève.

Le résultat est un local lumineux, aux murs blancs et vert pomme. Sur une paroi, six vélos sont accrochés dans des cadres rectangulaires. Un îlot à la surface vitrée, d'un vert brillant, est entouré de tabourets. La cuvette en inox qui occupe son centre recevra bientôt de la glace, des fruits frais, des produits santé, des jus.

C'est sa « table de famille », dit-il, où les clients de ses autres concessions pourront faire une pause santé. Il atteint ainsi son objectif : son complexe automobile, monument au moteur à explosion, recèle en son sein une oasis vouée aux déplacements non polluants et aux saines habitudes.

L'ACADÉMIE


Mais que faire avec le vaste espace qui devait servir d'atelier automobile ? Poursuivant sur la même voie, Pierre Deragon en fera une manière de centre de conférence et de formation -- une académie de la mobilité électrique, décrit-il. La salle pourra accueillir 200 personnes, assises à des tables circulaires.

Pour dire vrai, sa vision est en constante évolution. Vendredi midi, il est encore en train d'attacher les fils, électriques ou non, pour l'inauguration prévue le lundi suivant (aujourd'hui). Il vient tout juste d'arrêter le nom de l'édifice : ce sera le Centre de la mobilité électrique du Québec, pour lequel il négocie déjà des partenariats. 

La borne de recharge qu'il attendait a été installée le matin même, dans des délais records, mais aux dépens de l'asphalte du stationnement, qu'il doit refaire en urgence pour l'événement.

Avec son projet électrique, Pierre Deragon est sous tension. Mais manifestement heureux.

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